e-mémpol XVII Le maître et la maîtresse

Un nouveau CAHIER des mémoires

La famille Szulc

Introduction, et illustrations, légendées

par fsz site polonais-et-potasse.com

  1.      Petite pré-Introduction. Charité bien ordonnée commence toujours par soi, le diction est bien connu ; conséquence ? pour parler de la famille, chez les Polonais de la potasse, le mieux, me semble-t-il, est que je commence par parler de la mienne, enfin de son « importante » et « imposante » composante paternelle. La famille, dite cellule de base de la société, est un sujet capital, surtout chez les catholiques, donc chez les Polonais ; sujet de si grande conséquence qu’il a arraché à notre Nobel (un peu particulier) français de littérature  André Gide en quête de liberté, et donc de libération, son fameux cri : « Familles, je vous hais ! » Moi, j’en suis pas là, il s’en faut : mais quand même il faut bien reconnaître que le sujet-famille, la plupart du temps chez les gens, est délicat, compliqué, épineux… Bon, je tente quand même le coup, ayant la faiblesse de penser que, pour un mémorialiste, il vaut mieux dire que de ne pas dire… Sinon à quoi bon ?

       1’) Pour notre sommaire, photo n° 1’ (l’apostrophe indiquera toujours qu’il s’agit d’une illustration, légendée, et non d’un paragraphe du texte principal.),nature, révélatrice, et à ce titre sympathique, et même attachante : lors d’un « pot de l’amitié » à la salle polyvalente de Pulversheim, avec trois belles sœurs « vétéranes », et figures relevées de la « saga-szulc », de g à d : Marthe Malyszka, Irène, veuve d’Etienne Szulc jr mon père, et Odile, notre choriste-diva, veuve de Joseph Szulc « l’Anglais ».

    La 1ère génération, les grands-parents

        n°2’) Allez, c’est parti, sur la première génération immigrée, celle des grands-parents, qu’on trouve ici en 1929, un an seulement après leur arrivée à Bollwiller ; le grand-père, debout, au milieu, grand comme un général De Gaulle ; la grand-mère assise avec le bébé blanc sur les genoux, qui doit être Marthe, l’avant-dernière de la fratrie de la seconde génération.

       3’) Debout, le grand-père à droite, toujours d’aussi haute stature, avec à gauche, son gendre François Jankowiak, l’homme venu du Nord ;  assise, à droite, la grand-mère, avec à sa gauche sa fille Jeanne, épouse Jankowiak.

       4’) Vers 1965, le grand-père, au milieu de la photo, très-très lui-même-patriarche, avec la grand-mère à droite.

       5’) Les grands-parents déjà retirés à Pulversheim rue de la forêt pour leur retraite, dans une maisonnette préfabriquée de plain-pied ; à gauche, Jeanne ; tout à droite Marthe, qui cache en partie son mari Marjan Malyszka ; une curiosité, comme une construction dite en « abyme » chère aux littéraires, les deux mêmes se retrouvent en réduction en haut à gauche sur leur photo, d’ailleurs très belle, de mariage.

       6’) L’article de mon cher cousin Alfred Kaluzinski, dans « L’Alsace » du mardi 21-01-75, sur les 80 ans de la grand-mère, veuve depuis avril 1969.

       7’) Un autre article du même « Fred-Fredula », forcément répétitif, la plupart des données de base ne changeant pas, d’un anniversaire à l’autre, dans LA du vendredi 01-02-80, pour les 85 ans de la grand-mère.

       8’) La grand-mère de 85 ans, dans sa cuisine, trinque avec le maire de Pulversheim Pierre Meyer : la famille a eu avec lui de si bonnes relations ! que nous le regrettons ! homme discret plein de qualités qui a assumé de succéder à l’écrasant Georges Bourgeois, grand cumulard de mandats électifs locaux, départementaux, régionaux, nationaux, que le souffle me manque pour les dire.

    La 2ème génération : Sophie, épouse Kaluzinski

       9’) Entamons maintenant l’évocation de la 2ème génération, avec Sophie, l’aînée de la fratrie des 7 Szulc ; elle avait des principes et de l’autorité, et la fibre associative polonaise chevillée au corps, ainsi qu’un exemplaire esprit de famille.

       10’) Le mari de Sophie, le débonnaire Joseph, dit « wuja-szwagier », alors donc savoir pourquoi, ou « tonton-beau-frère », la bizarreie des surnoms, parfois, que voulez-vous.

       11’) Les parents « Kalu » (encore un surnom, en diminutif), et leurs 3 fils, vers 1952 ; Richhard, l’aîné, de la 3ème génération donc, né en 1939, sera le dernier mineur de fond de la famille, toute une fin d’une énorme époque.

       12’) Les mêmes en 1953, quelles belles photos de studios on réalisait alors ! avec Richard Kalu en communiant, avec son brassard distinctif.

       13’) Joseph et Sophie Kalu, retraités à leur tour, magnifiques ! les deux premiers du second rang, à partir de la gauche, en 65-66.

       14’) Photo de famille, lors de la visite à domicile de la municipalité, à l’occasion des noces d’or du couple, en 1981.

       15’) L’article correspondant de ces noces d’or dans « L’Alsace » des vendredi-samedi 1er-2 janvier 1982, pour bien compléter la photo 14’).

       16’) Photo de famille pour les 90 ans de Joseph Kalu, en 1991.

       17’) Peu après, nécrologie de Joseph Kalu, dans les DNA du 22-05-91.

    La 2ème génération : Joseph, et son épouse Odile

       18’) En uniforme, Joseph Szulc incorporé en 1939 dans l’armée polonaise en France, ensuite replié avec elle en Angleterre pendant toute l’Occupation allemande ; homme de rang, il obtiendra le grade de caporal-chef (comme moi, malgré moi).

       19’) Odile, jeune épouse de Joseph, expressive.

       20’) Le jeune couple ; à remarquer : Odile porte un lainage typique de la mode des années 40.

       21’) Joseph, c’est inattendu, en président de la chorale « Le rossignol forestier », lisant une allocution ; mais il quittera bien vite ses fonctions, car parler en public c’était pas son truc, il avait trop le trac.

       22’) Joseph avec à sa gauche son frère Etienne jr, et à sa droite sa belle-sœur Irène, au réveillon du 31-12-1965, à la salle des fêtes de la cité Grassegert, à Wittelsheim.

       23’) La photo en 22’, dédicacée par Odile: « Souvenir d’une certaine soirée de la St-Sylvestre. » ; etc.

       24’) Les Liberda, amis de Joseph et Odile, devant leur logement dit « d’employé » de la cité minière de Feldkirch ; une relation sociale  considérée comme valorisante pour des ouvriers ; Odile a aussi fait cas d’avoir un neveu médecin, le docteur Henri Maczka (fr : dire « Masska »), à Bollwiller, le premier Polonais dans cette profession dans le Bassin potassique.

       25’) Groupe de mineurs sur le carreau Rodolphe ; Joseph en bleu de travail et béret, le 2ème à partir de la gauche.

       26’) Je suis en treillis entre mon oncle (qui porte je ne sais quelle décoration au revers de son manteau) et ma tante, le 11-11-79 à la mairie de Pulversheim, à l’occasion d’une prise d’armes de l’Armistice de 1918 par mon Corps , le CM4 de Mulhouse (ou Centre mobilisateur de la caserne Lefèbvre, rue Vauban). Les deux personnes à gauche sont de grands amis de la famille, Marthe (née Prus, de Grassegert, choriste au « Rossignol ») et Wawrzyk Walczyk (diminitif de Wawrzyniec, fr : « Laurent »).

       27’) A l’occasion d’un vin d’honneur dans la salle de réception de l’église St-Jean de Pulversheim, Joseph, dit « Youra », entre deux de ses neveux, les deux qui s’intéressent le plus à l’histoire de la communauté polonaise du Bassin potassique, les deux correspondants de presse locale, les deux conseillers municipaux, Fred à gauche, et un fumeur invétéré à droite, devinez qui.

       28’) Le couple à l’occasion de ses noces d’or, dans son jardin, 10 rue Pierre Curie, dans la cité minière de Pulversheim (photo AK, alias Fred).

       29’) Noces d’or : l’article d’Alfred dans « L’Alsace » du dimanche 25 mars 1990.

       30’) Avis de décès de Joseph, peu après ses noces d’or, dans LA du dimanche 09-09-90.

       31’) Nécrologie de Joseph, dans LA du jeudi 20-09-90.

       32’) Remerciements de la veuve, suite aux obsèques, dans LA du samedi 15-09-90.

       33’) Avis de décès d’Odile (janvier 2009).

       34’) Nécrologie d’Odile (janvier 2009).

    La 2ème génération : Etienne jr, et son épouse Irène

       35’) Photo de 1941 de jeunes de la Potasse d’Alsace obligés de travailler en Allemagne pendant la guerre, prise par Joseph Szabelski, plus tard président associatif à Bollwiller (il figure  sur ce site dans vidéo 2005 « Polonais remarquables » à l’Ecomusée d’Ungersheim) ; Etienne junior (jr), né en 22 a donc 19 ans ; de g à d, il est le second, en chemine blanche à col ouvert, dans le 1er rang des gars debout.

       36’) Etienne jr à 20 ans en 42, « un vrai Szulc » (sic), c’est-à-dire, aux dires de certaines dames qui se souviennent de lui jeune, « grand (1,85m), large, et beau » : bon, à vous de voir ; et déjà opéré une première fois de l’estomac ; une seconde opération suivra, en Allemagne aussi, quand elle aura déjà conscience que la guerre sera pour elle très bientôt perdue : Etienne une carrure, comme son père l’autre Etienne, mais aussi des fragilités de santé insoupçonnées.

       37’) Mariage d’Etienne jr et d’Irène, née Wejder, en octobre 1945.

       38’) La messe des noces a eu lieu dans la chapelle provisoire, guerre oblige, implantée au garage central des Mines, à Amélie 2 ; le cortège nuptial est passé par la forêt depuis Grassegert ; ma mère a tant de fois radoté : « Je n’ai pas eu de chance avec mon ménage, je n’aurais pas dû me marier un vendredi 13. »

       39’) Mai 54, Etienne jr, en costume noir, dans un cortège patriotique en l’honneur des anciens combattants  polonais de Wittelsheim qui arrive à la salle des fêtes de Grassegert ; derrière les scouts de Bollwiller et devant le maire Jules Ebner, le corpulent avec  grand chapeau, il porte le drapeau de l’association des mineurs catholiques polonais Ste-Barbe de la cité Graffenwald. A la mine, il travaillait avec le président de cette organisation, Jean Barys, qui l’a convaincu d’accepter ce rôle ; Etienne jr s’entendait très bien aussi avec Madame Barys, très maternante : quand il se disputait avec ma mère, il sautait sur son vélo pour aller pleurer dans le gilet de la matriarche (Il pleurait si facilement…) qu’il avait « une mauvaise femme » (sic).

       40’) Juillet 56, à la kilbe de Wittelsheim, j’ai 1 an,  vous remarquez l’extraordinaire carrosserie, façon « belle américaine », de mon landau ; ah, en outre, l’imperméable de ma mère, quelque chose comme beige sable, en tissu dit gabardine ou tricotine, très chicos à l’époque.

       41’) Etienne et Irène, toujours à la kilbe, en tenues assorties, costume et tailleur noir sur mesure cousus par un voisin, Bolek Swidlikiewicz, en tissu de laine haut de gamme dit « grain de poudre ». On se fringuait ! Ma mère grimace légèrement, mon père a sa vraie tête, celle de celui qui a un verre en trop, et qui a souvent le vin méchant, de la méchanceté des sans caractère.

       42’) Le jour du mariage religieux de la tante Edwige, sœur cadette de ma mère, le samedi 29-04-62, la photo de famille a été faite au sortir de l’église St-Michel de Wittelsheim-Centre, à deux pas, au studio Wassmer, qui avait tout le patelin pour client.

       43’) 20 rue Madame Curie, mes parents avec notre voisine, née Grenda, épouse Matlaszewski, du n° 21, et tout à gauche son fils Jean-Pierre, né en 55 comme moi, et avec qui je vais à l’école, et je joue, de tous les jeux de gosses.

       44’) 20 rue Mme Curie, le fleurissement du jardin ; ah ! la jardinomania ouvrière organisée et stimulée par l’Entreprise, tout un poème ! ma mère s’est tuée au boulot ! Au fond, le logement n°16, où ma sœur et moi sommes nés, dans la même petite chambre verte du rez-de-chaussée, normalement meublée en salle à manger.

       45’) Les parents bien installés dans la quarantaine, le père officiellement « en bonne santé », et ma mère déjà opérée de la vésicule biliaire, comme pas mal de femmes du quartier ; celles qui sont inopérables, meurent, jeunes, de jaunisse, des cadavres comme des coings, la grand-mère Krason par exemple, du 8 rue Poniatowski.

       46’) Irène, veuve depuis septembre 73, en bleu ici inhabituellement détendue et enjouée lors de la prise de photos ; le cliché est pris par le studio René de Wintzenheim, au printemps 85.

       47’) Notre tombe familiale à l’entrée du cimetière n°3 de Wittelsheim, 1ère rangée à droite, places 1 à 4 ; mon père a été le premier enterré du lieu, le mercredi 26-09-73, sa croix provisoire bien plantée toute seule, pendant plusieurs jours, avant que la grand-mère Swidlikiewicz, de Rossalmend, mère du très bon tailleur Bolek, qui a néanmoins délaissé son métier pour celui de mineur,qui payait mieux, ne vienne lui tenir une éternelle compagnie.

       48’) Les inscriptions en lettres de bronze sur la stèle du monument funéraire gris et rose : famille Szulc, Wejder, Seité, sous le Christ qui a été mis pour cacher « un défaut » dans la pierre du Tarn soldée à ma mère par le marbrier de Cernay. Pour l’instant nous avons en cet endroit cinq défunts ; à l’extrême gauche, mon père en 73 puis ma mère 34 ans plus tard, fin 2007 ; au moyen gauche, mon beau-frère Jacques Seité, époux de ma sœur Henriette, fin janvier 2002 ; à l’extrême-droit, ma grand-mère maternelle Victoria, en décembre 83 ; au moyen droit mon grand-père maternel Félix, inhumé le 20-05-88. Ma mère avait prévu les places des grands-parents pour ultérieurement sa sœur  Edwige, épouse Christian Blion et leurs trois fils, qui ont préféré aller occuper, à proximité, le casier cinéraire n°65 ; qu’ils reposent tous en paix ; la concession sera à renouveler en mairie en septembre 2033. ; qui sera encore là pour le faire, le fera-t-on ?

    La 2ème génération : Jeanne, épouse Jankowiak

       49’) Deux sœurs : à gauche Jeanne, la seconde des trois filles Szulc, et à droite Marthe la troisième ; quand Joseph leur frère est renté de la guerre, après cinq ans d’armée, il est tombé sur Marthe, qu’il a prise pour Jeanne, comme la mémoire peut jouer des tours…

       50’) Fin des années 50, deux beaux-frères au vert: assis, Joseph, debout François Jankowiak, mon parrain ; et surtout n’oublions pas la 203 noire du premier, preuve qu’on ne bossait pas à l’œil aux Potasses, mais que le niveau de vie ouvrier progressait ; François, mineur de houille, est mort bien trop jeune, de maladie professionnelle ; il a été exhumé, pour établir post mortem un diagnostic de silicose, nécessaire si on voulait espérer améliorer la maigre pension de veuve de la tante Jeanne.

       51’) Le logement de service retapé des Jankowiak dans le département du Nord, à Dechy, près de Douai, avec les murs en briques apparentes typiques des corons du charbon français, et pas seulement français d’ailleurs, mais aussi anglais.

       52’) Jeanne avec à sa gauche sa fille aînée Irène, l’accidentée.

Laisser un commentaire