e-mémpol XV Les Polonais à Wittenheim
Les chorales paroissiales

- « Bourdon de Sigismond »

- « Rose forestière »

   1) Les deux chorales paroissiales d’expression polonaise qui, si l’on peut ainsi dire, ont tenu le haut du pavé à Wittenheim pendant plusieurs décennies ont été la « Rose forestière » (pol : « Roza lesna ») à Fernand-Anna, en la chapelle (rasée) puis en l’église St-Christophe, et le « Bourdon de Sigismond » (pol : « Dzwon Zygmunta ») à Théodore en l’église Ste-Barbe.

   2)  Notons quand même qu’en l’église Notre-Dame des Mineurs, à Jeunes Bois, troisième cité minière de Wittenheim, un culte en polonais a occasionnellement aussi eu son cours, accompagné de chants en polonais par un groupe informel qu’on ne saurait nommer chorale au même titre que les deux ensembles cités en 1), car il ne s’est jamais institutionnalisé comme eux, jamais constitué en association, avec des statuts, un Comité, des assemblées générales, un drapeau, des activités récréatives occasionnelles, en rapport avec le calendrier liturgique, ou la fête patronale, etc.

La cloche la plus célèbre de Pologne

   3) Avant de poursuivre, éclaircissons tout de suite un point de vocabulaire : dans un ensemble de cloches, le « bourdon » est une cloche plus grosse et plus lourde que les autres, et qui rend un son plus grave.

   4) Soyons attentifs au fait qu’outre « la Sigismond », une seconde chorale polonaise du Bassin potassique se réfère à un « bourdon », en l’occurrence le « Bourdon de Marie », à l’église Notre-Dame du Rosaire de F68310 Wittelsheim-Graffenwald (consulter notre vidéo de la messe du bicentenaire de la Constitution du 3 mai).

   5) Le bourdon de Sigismond dédicataire de la chorale polonaise de l’église Ste-Barbe de la cité Théodore est la cloche la plus célèbre de Pologne. Il se trouve  dans la cathédrale du château royal de la colline du Wawel, à Cracovie, capitale du pays jusqu’en 1596. Il a été commandé par le roi de Pologne Sigismond Ier (1467-1548), dit « le Vieux ». Il a été installé en 1521 dans la tour dite « Tour de Sigismond ». Il constitue un symbole national de la Pologne, qui rappelle la période historique de la Renaissance, qui a été un âge d’or pour le pays (le tsar de Russie venait chercher sa couronne à Cracovie, quel retournement de situation depuis…), alors une vraie puissance régionale en Europe de l’Est, le roi, élu, étant alors en particulier également grand-duc de Lituanie.

   6) La scène de l’installation du bourdon de Sigismond a été peinte de manière grandiose en 1874 par le peintre spécialiste des grands moments de l’histoire nationale de la Pologne Jan Matejko (1838-93). Le tableau, une huile sur toile de 189X94cm, se trouve au musée national de Varsovie (et bien reproduite sur wikipedia), sous le titre de « Suspension de la cloche de Sigismond ». L’œuvre comporte de nombreux personnages, et l’auteur en a profité pour y portraiturer, c’est une originalité à retenir, tous les membres de sa famille.

   7) Nous avons réussi à recueillir des informations sur deux périodes importantes de cette chorale de Wittenheim.

   8) La première des deux est celle de l’activité du curé Debski (voir photo de groupe), de fin 45 à 51. Notre informateur à cet égard a surtout été Maurice Gardini, originaire de la cité, et fidélissime bras droit de René Giovanetti au « groupe Rodolphe » : gamin, enfant de chœur à Ste-Barbe, il a été renvoyé, avoue-t-il rigolard, pour s’être intéressé de trop près au vin de messe…et l’avoir un peu abondamment goûté, avec les conséquences que l’on peut deviner.

   9) Maurice, par ailleurs important artisan de l’informatisation des Mines de potasse, nous précise que sous Debski le chef de chœur est Casimir Janiszewski, dont trois frères, François, César et Stanislas, sont également choristes.

   10) C’est généralement comme ça que fonctionne la dynamique de groupe : une association polonaise se structure autour d’une à deux familles qui font locomotive, et le reste suit.

   11) Les quatre Janiszewski forment également le noyau du chœur a capella « Echo d’Alsace », un septuor où ils sont rejoints par les deux frères César et Etienne Janczak, et François Kotala (tué au fond du puits de Berrwiller, le 18-06-76). La formation atteint une certaine renommée au moins interrégionale.

   12) Ce faisant, les Janiszewski imitent alors  deux ensembles du même genre  à succès national, « Les compagnons de la chanson » (9 membres) et « Les frères Jacques » (4 membres), et s’inscrivent donc dans une mode montante des années de reconstruction. Et ajoutons qu’en ces années-là, de jeunes musiciens issus de la deuxième génération de cette immigration polonaise potassique apportent leur part de talent aux orchestres qui animent les p’tits bals du samedi soir dans le secteur : rappelons des formations appréciées comme « Negrita », « Rosita », ou « Le 7 du mineur ».

   13) On ne peut donc pas dire que la « Sigismond » locale première manière soit  repliée sur elle-même dans seulement un petit train-train communautariste, c’est assez rare pour être souligné.

Le tandem « DD », ou Dobros-Dus

   14) Avec la mutation du « sulfureux ? » Debski (une de ses paroissiennes se serait ouvertement dite, avec fierté, sa maîtresse), les Janiszewski omniprésents précédemment semblent s’évaporer comme par enchantement… Avec le curé suivant, André Lason (voir l’article que nous lui avons consacré),  commence une seconde période d’après-guerre, d’où émerge, et pour longtemps, avec beaucoup de dévouement et de mérite, un nouveau dirigeant du « Dzwon », Félix Dobros, qui est reconnu compétent par l’ensemble de ses pairs des autres chorales polonaises du secteur, si bien qu’il devient pour longtemps l’habituel dirigeant des « chorales réunies » du pèlerinage marial annuel du lundi de Pentecôte à la basilique de Thierenbach-Jungholtz (voir nos articles dédiés).

   15) Félix est épaulé par un organiste de niveau, et très fidèle, autant que discret, en la personne de Jean-Michel Dus, d’origine polonaise bien sûr, directeur d’école primaire, en particulier à Wittenheim, et officier dans l’Ordre des Palmes académiques (en décembre 2008). Lui aussi  s’illustrera en outre comme chef de chœur, mais pas dans la communauté polonaise, mais à Ruelisheim. Son fils a été mon bon élève, réservé et intelligent, en français, au collège François Mauriac de Wittenheim : des gosses comme il était, on rêve d’en avoir plus, dans les classes, ils sont bien trop rares.

   16) Pour illustrer en photos le « Sigismond », notre précieux documentaliste, comme en d’autres circonstances déjà, est André-Andrzej Piasecki, que nous remercions amicalement et qui nous fournit les vues centrées d’une part sur Félix, de l’autre sur Jean-Michel (i, j, k, l) ; le cliché h) cependant est extrait de la documentation de cet autre de nos amis, à remercier lui aussi, François Kutermak junior, lui aussi contributeur habituel de ce site « mémpol ».

  1. h) Bourdon ; devant l’entrée latérale sud de l’église Ste Barbe, la chorale du temps du curé Debski, présent sur le cliché.
  2. i) Bourdon ; Félix Dobros, jeune papa, assis à gauche.
  3. j) Bourdon ; Félix Dobros, en décontracté, au début des années 50, avec son gamin Richard en bas âge.
  4. k) Bourdon ; la chorale fête le retour « au pays » de son organiste Jean-Michel Dus (en veston foncé et cravate, au milieu), libéré de ses obligations militaires ; on remarquera que le curé Lason, s’étant mis à la page du Concile de Vatican II, ne porte plus ici la soutane.
  5. l) Bourdon ; un autre portrait de l’organiste Jean-Michel Dus, en famille, devant le foyer Ste-Barbe, rasé, pour vétusté, et reconstruit aux normes actuelles.

La doc-Checinski

   17) Pour évoquer un tant soi peu le cas de la chorale paroissiale « Roza lesna » (fr : « Rose sylvestre, ou des bois, ou forestière », comme le « Rossignol »de Pulversheim est lui aussi « forestier ») de la cité Fernand-Anna, liée à la chapelle, rasée, puis à l’église remplaçante du même nom St Christophe, je suis très redevable à Jean Checinski, et fier de l’être, au spécialiste de cette même cité, mon ami, et collègue, en particulier historien local de la commune de Kingersheim, dont il a été conseiller municipal, du temps du maire Marius Fischer, lorsque je l’étais, moi, à Wittelsheim, ça favorise évidemment des liens, on se comprend facilement, à partir d’un tel dénominateur commun civique. Jeannot, ou « Janek » est un documentaliste (noté doc jch dans mémpol) de premier ordre. J’ai puisé dans son album pour faire revivre, un peu, en photos légendées, ce chœur fondé vers 1926 par son premier leader Jan (fr : « Jean » Jankowski, avec l’aide du chef de chœur-violoniste de la chorale « Lutnia » de Rossalmend Joseph Peplinski.

  1. a) Rose ; « Roza lesna » en 1930; de gauche à droite le curé Moess (le 2ème), le chanoine Stoffel, qui a une rue à son nom à Mulhouse, devant l’église DMC Ste Thérèse (le 3ème), l’ingénieur de la mine Fernand M. Morellet (le 4ème), le curé polonais Plurzynski, venu du Nord ; debout à droite à partir du drapeau, le 3ème, le président Jean Jankowski.
  2. b) Rose ; « Roza lesna » en 1935, avec son président-fondateur Jean Jankowski.
  3. c) Rose ; inauguration du nouveau drapeau de « Roza lesna » en 1952, à Wittenheim-Centre ; fondé, comme déjà dit, en 1926, l’organe paroissial se nomme « Kolo Spiewu » « f : « Société de chant» ou « Cercle de chant »).

d+e+f) Rose ; autres clichés sur « Roza » en 52.

  1. g) Rose ; dans les années 50, la chorale se produit sur scène à l’occasion d’une fête polonaise de Noël, elle ne se cantonne pas strictement au chant sacré, mais s’ouvre à un horizon culturel plus large.

  

Les « chorales réunies », et « unies »

   18) L’appellation « chorales réunies » reprend du service quand, avec le temps, inéluctablement, les effectifs des chorales polonaises ont sérieusement faibli, et que mon ami le curé Jacek Styla (voir mon article dédié) a décidé de regrouper à St-Christophe  les forces vives restantes de « ses » deux phalanges de Wittenheim (Il ne me cachait pas qu’il a adopté ce site particulièrement parce que « le Conseil de Fabrique de Ste Barbe lui faisait des misères, et qu’il en avait assez » (sic) ; les derniers choristes actifs de la chorale-doyenne « Lutnia » de Rossalmend (à cheval sur les deux communes de Wittelsheim et Staffelfelden), sous la houlette de  Victor Krzeminski et de Joseph Peplinski, se sont ajoutées, pour former un ensemble encore renforcé, au son acceptable, c’est-à-dire sans outrances, ni discordances, ni dissonances, porté à bouts de bras par les deux frères Panek (leur père a été un choriste-pilier du « Rossignol forestier » de Pulversheim), le cadet organiste, l’aîné chef de chœur et souvent soliste. Le nouvel ensemble s’est donné une présidente, Mme Vve Anna Senn, une ancienne  proche d’Annabelle Wersinger, qui apporte une touche de convivialité, me rapporte-t-on, en servant du café pendant les répétitions : ils sont prodigieux ces « Polonais », moins ils sont nombreux et plus ils sont unis ; cette « nouvelle » (On fait du neuf avec du vieux, on fait ce qu’on peut, nécessité fait loi.) entité fusionnée n’a pas reçu de nom spécifique, l’appellation passe-partout de « chorales réunies » continue d’être couramment utilisée. Quelqu’un de très autorisé, et « scié », me dit que quand on demande à la présidente le nom de sa chorale, elle dit qu’elle ne sait pas ; cela paraît un peu « gros », mais après tout l’essentiel n’est pas l’affichage du groupe, mais qu’effectivement il chante, et de préférence bien, car c’est de cela dont on a encore avant tout besoin.

   19) Pour replacer les chorales polonaises dans le contexte plus vaste des associations polonaises catholiques fédérées au sein du « PZK », on se reportera sur ce site (se servir du moteur de recherche) à notre étude présentée en 2010 au « Colloque de Nancy », sur le patrimoine polonais en France.

   20) Fait le 13-04-26 par fsz ; matériel protégé par le droit d’auteur (loi française du 11 mars 1957).

par fsz site polonais-et-potasse.com

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