e-XIV Le coin des amis

 

Le président jjw raconte (18) :

L’ autoportrait

« CHARI »,

de Fuetsch

par fsz site polonais-et-potasse.com

Eléments 1, pour une notice

   1) Le président m’a promis son texte, l’esquisse d’une notice, descriptive, explicative, et critique, sur le sujet « L’huile sur toile CHARI, de Fuetsch », le vendredi 23 mai 2025 à midi, pour le soir du même jour. Après relance un peu acide de ma part, la « copie » me parvient par « messenger » le lundi 2 juin, soit dix jours après ; ce qui est déjà pas mal, compte tenu que depuis quelques jours l’auteur, pour une raison privée, familiale, est un peu plus perturbé qu’il ne veut l’avouer, et d’ailleurs se l’avouer à lui-même, peut-être.

   2) « Salut Herr Brofasser !

Je tombe des nues ! Une notice ?!

Je vous l’offre, non pas la notice, mais l’œuvre !

C’est un autoportrait de Charles Fuetsch, daté de 1952, et dédié à « mon ami Jacques Ziegler », lequel Ziegler (aîné de la fratrie de 4 enfants dont a fait partie ma mère, Valentine, la centenaire) était mon oncle et mon parrain ! Ma tante, qui exécrait Fuetsch, vieil ivrogne compagnon de libations de mon oncle, avait donné le tableau à quelqu’un de sa famille…

Et j’ai eu la surprise de retrouver cette toile chez un antiquaire mulhousien, auquel je l’ai rachetée pour une centaine de francs à l’époque !

   J’ai du même Fuetsch une vue du Bollwerk, mais non signée ! Il pleut bergère ! »

Eléments 2

   3) Vendredi 13 juin 2025, jjw et moi déjeunons ensemble « chez Philippe », à Ranspach, comme assez souvent, de l’ordre de deux fois par mois, presque toujours le vendredi, « jour de poisson ». Je le relance sur l’autoportrait de Fuetsch, il me surprend en démarrant au quart de tour, nous complétant son premier propos ainsi : « Fuetsch habitait à Mulhouse, avenue d’Altkirch. Avec mon parrain, bons copains-jouisseurs, ils sont allés claquer leur dernier pognon à Cagnes-sur-mer, à mener « la grande vie ». L’artiste a rencontré une richissime Américaine, et qui s’est entichée de lui, et de sa peinture, et il est donc devenu riche, de l’autre côté de l’Atlantique, où il a suivi sa « dulcinée. » (pas, ou pas seulement, pour sa fortune, espérons-le). En tout cas, il attire l’attention des Ricains, par son propos et sa manière, le voilà prisé et primé.

Eléments 3

   4) Jjw, pour la x-ième fois, veut m’offrir le tableau-autoportrait de l’artiste. Il a vu que j’ai de la peinture chez moi, nous sommes par ailleurs en affinités comme amateurs d’art, sur la base d’une commune connaissance, et d’une commune estime, de l’exposition annuelle de peinture et sculpture de F68310 Wittelsheim, du moins telle qu’elle marquait la vie culturelle régionale dans les années 70-80, si valablement animée, pour son meilleur renom, par notre ami commun le peintre d’origine polonaise Robert Zieba (1932-2021), spécialiste des paysages enneigés du Sundgau, et même distingué à ce titre par un « Bretzel d’Or » (Il semble s’être vu, avec une certaine candeur, si j’ose  tout justement dire, en peintre du blanc, un peu, mais alors juste un peu, comme Soulages a réussi à l’être de la peinture du noir.) Sama l’Ancien le charriait, du reste, en lui adaptant la fameuse pub de Coluche sur une certaine poudre à laver : « Mais c’est qui-qui peint (ndl : au lieu de « lave ») plus blanc que blanc ? C’est Zieba ! » Lequel Zieba se rendait quand même bien un peu compte que l’autre se payait sa tête. Mais flatté il se sentait quand même, même par un compliment empoisonné, si avide il était d’être reconnu… par « le beau monde »-mondain-mondanisant…

   5) Je continue un peu ma digression, sur jjw et la peinture. En 1977, nous avons lui et moi fait partie du jury de cette fameuse exposition annuelle de peinture de Wittelsheim, début février, juste avant les élections municipales. Composé de bric et de broc, ledit jury peinait à faire émerger des préférences raisonnées pour attribuer les prix. Alors Weber, soulevé par une de ses typiques impulsions, à bout de patience, a promptement révolutionné le regard de la « digne et docte » compagnie en lui mettant le nez sur un pastiche, assez accrocheur il faut le reconnaître, de Modigliani (Amedeo, pourquoi donc au fait si longues tes têtes et silhouettes ?), lui coupant toute retraite vers ses affectionnés paysages sans caractère(s)-cartes postales peinturlurées dont il s’agissait de savoir si les couleurs seraient bien assorties au papier peint, aux lambrequins, au canapé du salon, et j’en passe et des meilleures… Révolutionnaire, le Weber ? Mais oui, mais oui, je maintiens : il a mis le débat à sa bonne altitude, celle de la critique d’art, et non plus celle de la déco-décoration domestique ; c’était osé, en secteur minier, terre de travailleurs manuels, de sortir tout de go comme ça les gens de leur zone de confort, même pour leur intérêt, et d’être, allez j’vous la fais littéraire, un Lantier de « Germinal », celui qui montre la voie, venu d’ailleurs, et donc possiblement prophète dans le pays. Ah, j’allais oublier : Weber était mieux armé qu’un autre pour cela, déjà à cette époque, naturellement, sans se forcer, il attirait à lui comme un aimant ; on voulait lui parler, on recherchait sa compagnie, on espérait son approbation, et dès qu’il apparaissait, même s’il n’était pas encore le plus titré de l’assistance, il devenait très vite le point de focalisation de toutes les attentions ; il avait, et a toujours, ce qu’on appelle « de la présence », un don, sans doute des bonnes fées dès le berceau, pour le leadership, décontract’, bienveillant, optimiste. Et, malgré sa retraite, son magnétisme agit encore aujourd’hui, je vous le garantis ! Ah, je me tiens le bide en me souvenant : seulement de le voir, c’était déjà mettre les doigts dans la prise !

   6) Je reviens à nos moutons. Je réponds au président que ce que je cherche à explorer, c’est comment assurer à cette œuvre un bel avenir, long, sécurisé, inspirateur (c’est mieux que «inspirant », trop à la mode, non ?).

   7) Si en désespoir de cause je devais m’emparer de cette toile, ce serait exclusivement pour la protéger ; je me considèrerais comme son dépositaire, par défaut en quelque sorte, et pas comme son propriétaire réel, que le président restera.

Eléments 4

   8) Il ne sait pas encore la première idée que j’ai derrière la tête, c’est qu’il lègue cet objet au Musée des Beaux-Arts de la Ville de Mulhouse (à la « Villa Steinbach »), 4 Place Guillaume Tell.

   9)  Léguer cette œuvre de cette manière me semble un projet valable, car simple, droit, et cohérent ; il s’agit d’enrichir les collections visibles dans la plus grande ville du Haut-Rhin, comprise dans le « triangle » géographique franco-germano-helvétique, d’œuvres d’artistes alsaciens, et singulièrement mulhousiens, quoi de plus naturel de la part d’un homme public qui a toujours milité, haut et fort, pour notre régionalisme, plus encore par conviction que par devoir. Dans ce créneau thématique, le Musée, à mes yeux, ne saurait plus longtemps, comme c’est le cas à l’heure actuelle, sèchement se borner à valoriser Jean-Jacques Henner (1829-1905, très bien servi, une douzaine de toiles distinguées, quelle satisfaction de voir cela) et son épigone Marie-Augustin Zwiller, si mulhousien par nombre de ses sujets (1850-1939, à minima, seulement deux tableaux). C’est un peu peu, de se contenter de cela, quand on voit la longueur des listes disponibles, et ignorées, de peintres régionaux ! dont certains me semblent mériter une place dans un musée ; de cela, on pourrait évidemment discuter, en gens raisonnables.

Eléments 5

   10) Charles Fuetsch est bien un peintre mulhousien. En faisant le tour de trois ou quatre sites marchands, sur la toile, on peut confirmer et compléter les infos dispensées par jjw plus haut. Le peintre est bien né à Mulhouse, en 1894, et mort en 1965. C’est en effet surtout de sa « période américaine », de 1922 à 31, qu’il tire sa notoriété. Il peint principalement des portraits et des paysages. Il a été professeur d’art moderne à Philadelphie, Hollywood, New-York et Los Angeles, où il a enseigné à la prestigieuse « Academie of Modern Art ». En outre, il a alors été membre de la « Art Alliance of America », et de la « Watercolor Society of New-York ». Il rentre en France en 1933, s’installe à Paris, puis sur la Côte d’Azur, à Cagnes-sur-Mer (dite « Cité des peintres » dès 1920 –Auguste Renoir y a bien passé ses dernières années-, avec en plus son célèbre hippodrome), et enfin à Mulhouse. On le voit alors membre de « La Palette » et conseiller des MDPA (Comme on se retrouve, hein ?).

Eléments 6

   11) Retour à la toile de jjw. Le jeudi 18-09-25, il m’adresse ce mail : « Il faudrait reparler du tableau du peintre Charles Fuetsch, le voulez-vous ? » Ayant ruminé depuis longtemps à ce sujet, tout bien pesé, je m’embarque, en lui répondant : « Apportez la toile de Fuetsch, svp, en effet elle pourrait bientôt être d’actualité… » Je me comprends, bien sûr : je la prends, en me considérant désormais comme son protecteur, amicalement délégué à la charge (gratifiante) de lui procurer le rayonnement qu’elle mérite.

   12) Le lendemain, vendredi 19-09, jjw et moi, avec un peu d’avance disons au revoir à cet été en déjeunant une dernière fois en terrasse, à la pizzeria « Papajoe », à Cernay, près de la Porte de Thann ; les travaux de voierie y ont repris, nous n’aurions surtout pas voulu rater ça ! Devant un assez plantureux bœuf-gros-sel, il ne semble pas savoir où commencer à piquer tant il y en a, le président me lâche tout à coup, alors qu’il semblait ne plus avoir rien à ajouter sur le sujet : « En plus d’une « Tour du Bollwerk » pas signée, dont je vous ai déjà parlé, j’ai, par surcroît, de Fuetsch,  et signée celle-là, une aquarelle, un paysage de Sewen (le dernier village de la vallée de Masevaux, au pied du Ballon d’Alsace, avec son lac du même nom, et celui d’Alfeld), où mon oncle Ziegler, frère de ma mère, et très ami du peintre, sans doute même son meilleur ami, avait une propriété ; d’ailleurs, quand Mulhouse a liquidé son tram, il a racheté un wagon, qu’il a installé sur le lieu, et qu’on lui a incendié par deux fois. »

   13) Au sortir du restaurant, sur le parking devant le cimetière de Cernay, je prends livraison de l’autoportrait de Fuetsch ; en guise de remerciement minimal, je fais : « La transmission de cet objet, vous savez, c’est pour moi un vrai petit événement. » Il répond (Il fait le plus souvent le grand impassible, mais je sens qu’il est content) : «Vraiment ? » Et j’explique : « Oui, sans aucun doute, le Fuetsch n’est pas un barbouilleur improvisé premier venu, il sait ce qu’il fait, et il sait faire ; dit plus familièrement : il en a, dans l’pinceau ; il a d’la bouteille (sans le moindre jeu de mots, bien entendu…). »

Ecce homo

   14) Avec cet autoportrait, après Pilate et Nietzsche, Fuetsch nous fait un-son « Ecce homo »-« Voici l’homme »-Etre homme, c’est n’être pas très avancé… ». Sur une base on ne peut plus figurative, réaliste, photographique (jjw n’exclut pas qu’il se soit étudié au miroir, moi je crois qu’il a plutôt reproduit une photo ; au pantographe ?), l’artiste nous pose son visage fortement expressif de sérieux, de concentration, voire de gravité. Puis il part à la recherche de lui-même, à la rencontre de ses contradictions, de ses discordances, se livre à une introspection, à une déconstruction, inévitable réminiscence de l’exposition du sujet selon les cubistes, à l’influence  encore si hégémonique il y a peu. Mais une seule image homogène ne suffit pas à rendre compte de son intériorité, tourmentée, tordue de remous. Et nous assistons alors à la « mosaïfication » d’un buste, à travers laquelle le peintre détaille son morcellement, facette après facette, comme un diamantaire taille une pierre (précieuse, bien sûr) : « Qui suis-je ? Où vais-je ? Voyez comme je me cherche encore, comme je ne me suis pas encore complètement trouvé, comme je me sens fragmenté, éclaté, dans la continuation, dans mon temps, d’Arlequin-lointain au costume de losanges et de triangles qui définit l’être humain comme damier, puzzle, panel : « Des signes me sont donnés, et il faut que j’en dégage la signification (…) (Merleau-Ponty) », que j’en opère la transfiguration, pour parler comme le linguiste, « que je passe du tas au système ». Cette peinture apparaît métaphorique de son projet même, celui d’une psychopeinture (Freud souffle sur la braise ? du narcissisme ? tache originelle ?), une psychopeinture : comme il y a une psychocritique, en littérature.

   15) Et une fois ce « quoi » énoncé, c’est le « comment », autrement dit le style, l’essentiel en art, de Fuetsch, qui m’en impose. Avec ses aplats nombreux, raffinés, complémentaires, il exhibe toute sa maîtrise, tout son métier (aux trois niveaux d’ailleurs où celui-ci doit se manifester, celui de la composition, du trait, de la touche). Son aisance resplendit dans sa gestion des tons pastel ( essentiellement 8, ce qui fait beaucoup, du blanc, bleu, gris, jaune, noir, ocre-orange, rose, vert, et on obtient donc un cachet généreux, expansif), proches de la transparence, tons d’un ancien fan des fauves assagi, passé de la force à la finesse, à la douceur, à la tendresse ; il n’y a aucune place pour hasarder, il n’y a rien d’arbitraire, tout est absolument conséquent. Sa triomphale facture se situe dans le dosage des couleurs, oui, cet autoportrait, une fois les surfaces délimitées, est un exercice de coloriage, oui dans cette œuvre Chari est pour moi plus que tout coloriste, à sa manière compère de Wharol, qui ne fait pas autre chose que de colorier d’une certaine manière, enjoliver de la pure photo, quand il nous donne sa version de ses muses planétaires, l’actrice Marylin Monroe, ou la reine Elisabeth II d’Angleterre, qu’il a postérisées pour la postérité. La couleur aboutit à la lumière, on en revient à Cézanne, au « père », la boucle est bouclée.

Lignage

   16) On peut fabriquer assez facilement une généalogie artistique à Fuetsch. En effet, des peintres en quête, avec une touche-touche à tout, qui veut inventorier tous les aspects, toutes les facettes et arêtes, qui font-famille avec notre Mulhousien, on en a vu d’illustres. A commencer par Cézanne (que Picasso, n’oublions pas, appelle : « Notre père à tous. », celui du moins des peintres qui se veulent « modernes ») : en effet, qui, depuis Cézanne, n’a pas emprunté à Cézanne ?), plus ou moins imité Cézanne, Cézanne magistralement vu par Merleau-Ponty comme le peintre du doute, du questionnement, du tâtonnement, qui ne finit jamais d’approcher, par divers angles, divers biais serait encore mieux dit, son œuvre idéale, toujours à venir, en devenir, en chantier. Comme points de comparaison intéressants avec Fuetsch, on pourra prendre dans le catalogue du grand homme  « Le garçon au gilet rouge » (1888-90), ou, encore, près de vingt ans plus tard, « Le jardinier Vallier » (1906).

   17) On peut ensuite ajouter à « Chari » d’autres archétypes marquants, qui ont donné des autoportraits de style cousin-voisin, en particulier deux peintres fondamentaux de la « Sécession » viennoise des premières années du XXème siècle, Egon Schielé (1890-1918), tout justement dit « égocentrique », et Oskar Kokoschka (1886-1980), qui signe dès 1917 un autoportrait expressionniste « Un fauve à Vienne » tout à fait annonciateur de la patte adoptée par Fuetsch dans le tableau aujourd’hui commenté.

   18) Et je ne veux pas omettre de mentionner, parmi les sources d’inspiration possibles de Fuetsch, la fameuse toile de Léon Bonnat (1833-1922) titrée « Un modèle mâle », où ce peintre, vers 1900, se décide, enfin, à dépasser son académisme lisse habituel par un travail de nuancement de la lumière sur le corps de son modèle, un travail « impressionniste » en somme.  

   19)  Ceci étant, après avoir considéré, comme dirait Malraux, que le peintre est précaire, que son modèle est précaire, je suis tout à fait conscient que leur critique, votre serviteur, est à son tour tout aussi précaire. Toute la glose et la gnose ici laborieusement développées, un Auguste Renoir pourrait les congédier d’un seul coup de griffe, en disant : « La peinture, ça ne s’explique pas, ça se regarde. » Point-barre.

Eléments 7

   20) Rentré chez moi, je procède immédiatement à un premier « tour » attentif du tableau ; il faudrait resserrer très légèrement sa fixation au cadre, gris d’époque, qui est dans un état parfait, et changer ce fil de fer blanc potentiellement agressif qui a servi à le suspendre, mais je décide de laisser le tout, jusqu’à mieux avisé, comme on dit en brocante-antiquailles « dans son jus », absolument « vintage » (en bon français !), authentique, intègre, intact.

   21) Le dimanche 21, pour fournir une première suite à ce passage de relais, j’adresse le mail suivant au président : « L’hst-autoportrait de Fuetsch est un 15P, parfaitement normalisé, c’est-à-dire « paysage », selon la nomenclature officielle, et non « portrait », un contresens, soit, dans le sens de la hauteur, 65X50cm, soit déjà « une belle bête ». En ajoutant le cadre, on obtient un rectangle final de 80,5X65cm. Je vous ferai les mercis qui s’imposent un peu plus tard, ils ne seront pas les oubliés de la fête. » 

« Fuetsch, œuvres 2 et 3 »

   22) Le président, outre l’autoportrait (appelons-le désormais « fuestsch 1 ») évoqué plus haut, possède deux autres œuvres de Fuetsch, des paysages. Le mardi 28-10, à 9h, je lui rends visite chez lui à Willer-sur-Thur, 10 rue des Ecureuils (Vous voulez son 06, aussi, tout de suite ?), pour les photographier, et les regarder d’un peu plus près.

   23) Appelons « fuetsch 2 » la représentation, non signée ! (Pourquoi ? que je demande, obligatoirement, à jjw, qui, d’humeur à boutades, me répond : « Oh, il devait de nouveau sûrement avoir bu… ») de la tour du Bollwerk à Mulhouse, rue de Metz, en face du lycée Montaigne (où, adolescent, j’ai donné rdv galant à des flirts divers, banc public oblige, pensez à celui de la chanson de Brassens, enfin voyons !). Il s’agit d’une huile sur carton (un peu gondolé, avec le temps, mais sans aucune gravité), parfaitement encadrée de beige clair strié de doré, avec marie-louise très blanche, de format 8P (c’est-à-dire « paysage », de nouveau), soit 46X33 cm (32,5 après vérification), dans le sens de la hauteur, en encadrement typique des années 60, comme du reste celui de Fuetsch 1. Au dos, gris moyen, le vendeur est identifiable grâce à son tampon encré bleu « Maison d’Art Alsacienne Raymond Gangloff 40 av Kennedy, plus une dernière ligne avec un complément d’adresse que nous n’avons pas réussi à lire ; sous le tampon, écrit à la main au stylo à bille, on trouve la mention : « Certifié la présente peinture « Bollwerk 1953 » comme attribuée à FUETSCH. » Suivi d’une signature illisible. La tour du Bollwerk est par excellence la vue « pittoresque » (= stricto sensu « qui vaut d’être peinte ») de Mulhouse, comme l’Eiffel celle de Paris. Combien d’artistes, dessinateurs divers, peintres, pyrograveurs, marqueteurs, nous en dont donné, des kilos et des kilos, plus ou moins digestes, plutôt indigestes, carrément cul-cul-kitsch ! Celle de notre « Chari » se situe aux antipodes de tout ce « camelotage » (néologisme de moi, svp, respect, je laisse « camelote » à d’autres), tellement au-dessus, magnifique! régnante ! je n’en ai jamais vu de pareille ! Quelle construction, quel agencement des couleurs ! quelle fête pour les yeux, le beau s’impose, là, tout simplement, un moment d’harmonie absolue ! Et pour avoir vu d’autres paysages du même hier sur le web, l’authenticité de l’œuvre est pour moi maintenant absolument indubitable ! Comme la manière me fait irrésistiblement penser à ce que d’autres peintres ont voulu faire, « dans le même genre, comme on dit, sur des ruelles tortueuses et escarpées », des toiles d’été structuralistes pour touristes fortunés sur la Côte d’Azur, à Saint Paul de Vence (siège estival de mon copain handballeur de première jeunesse de F68310 Wittelsheim Marc Vigneron (1956-2022), ou, tout à côté, à Cagnes-sur-Mer (où Fuetsch s’est essayé), tiens, tout justement !

   24) Voyons « Fuetsch 3 », maintenant. Il s’agit d’une aquarelle, sous verre (qui est déjà en plastique, donc pas d’époque, mais plus récent que l’oeuvre), finement encadrée d’une baguette de bois doré, avec un large passepartout noir (qui instille tout de suite une franche pincée d’atmosphère Napoléon III), d’un impressionnisme bon teint-gentillet-sageounet (néologisme de moi, c’est un jour comme ça, oui), représentant la propriété de Jacques Ziegler, au fond de la vallée vosgienne de Masevaux, dans le village de Sewen. Au bas de l’aquarelle, à gauche, on trouve l’inscription manuscrite, en noir-brunâtre : « Un Pasof-masevaux alsace ». Au dos, à la main, le peintre porte la mention : « Avec mes cordiales salulations. Ch Fuestch ». Dimensions de l’oeuvre, sens largeur = 31,5X22,5cm ; en y ajoutant le passepartout vieux noir passé-terni-mat avec liséré doré de 2millimètres, on obtient 41X31,5cm ; dimensions du cadre (de chez R. Keiflin, Maison d’art et encadreur 1, Place de la Concorde à 68100 Mulhouse), rouge « fané » et or, avec petites marbrures noires =46,5X37cm. Bilan : je me retrouve donc administrateur provisoire non pas d’un Fuetsch, mais de trois (qui au demeurant me paraissent se compléter, si on

« Le bal des » faux voleurs !

   25) « Le bal des » faux voleurs : pour arranger à notre manière le titre connu d’une pièce comique d’Anouilh. Ah ! mes bons Thannois, de la Collégiale-Splendeur, ce qu’ils ont osé faire, ces deux là, chenapans-garnements- descendants du « bon petit diable » de la comtesse de Ségur-quand même-à la fin, car pas vrais voleurs, mais seulement faux voleurs, pour de rire ! Ils ont osé sortir l’imposant portrait de St-Thiébaut de sa chapelle, lui ont fait traverser la Place Joffre (ma tournée : elle est pas de moi, mais du commissaire San Antonio), et l’ont livré quelques pas plus loin au commissariat de police !

   26) Ils ont fait ça pourquoi ? C’était au temps où les amuseurs, à la télé, faisaient rage avec leurs émissions à canulars comme « La caméra invisible » ou « cachée ». Il s’agissait, pour la presse écrite, pour n’être pas en reste, d’adapter « le concept » (comme on dit, alors que « l’idée » suffirait) pour attirer les lecteurs par du « sensas ». Et donc, en particulier, on vérifiait la véracité de certaines affirmations rassurantes des pouvoirs publics, des autorités, des institutions, du genre : nos œuvres d’art sont en sécurité. Ils étaient pris au mot, piégés. Et l’opération était pleinement réussie quand on pouvait infliger un démenti au discours officiel, dire au lecteur : « Voyez comme on vous ment ! » Donc, dans ce cas, il a été facile de démontrer que le portrait du saint de Gubbio n’était pas sous alarme, et complètement à la merci du premier malandrin venu.

   27) Le portait-fugueur, vu ses dimensions, ne pouvait passer inaperçu, il fallait être à deux pour le promener. Qui étaient les deux ? Deux que nous intitulons « sacrés numéros », Jjw, dûment présenté ailleurs, et son collègue-« star » (autrefois on disait : « vedette », ça suffisait) du quotidien « L’Alsace » Jean-Georges (C’était au temps où au journal on ne pouvait pas être considéré comme une signature qui compte sans recours à un prénom composé, les Jean-machin-chose infestaient, sans attendre qu’en août 1978, le cardinal Luciani reprenne le procédé pour son prénom de pape, Jean-Paul Ier.) Samacoïtz, dit « Sama l’Ancien » (1924-2011), pour éviter toute confusion avec son fils Christophe, journaliste dans la Maison lui aussi. Sama a adopté notre région à la Libération, et a notamment signé un ouvrage de verve satirique: « Du bon usage de l’Alsace et des Alsaciens ». La grande affaire de Sama était d’avoir tout le temps du succès, de justifier toujours la belle formule faite un jour à son propos : « Sama fait un tabac ! ». Il était connu pour son « ego surdimensionné » (autrefois on disait : son « moi hypertrophié », ça suffisait ; mais « ego » à la place de « moi », ça fait plus « expert » (autrefois on disait : « spécialiste », ça suffisait). Jjw était chargé par ses supérieurs, M.M. Hauser et Schieb, d’endiguer quelque peu l’expansionnisme rédactionnel sans frein de son aîné, qui, on ne saurait le lui contester, ne manquait pas de talents (Il se piquait, tout justement, entre autres,  même d’encres et de gouaches…)…pour frimer et briller à Mulhouse, et occuper sans cesse et insatiablement le devant de la scène…médiatique.

   28) Le coup du portrait thannois, nos deux vérificateurs chasseurs d’impostures l’ont réitéré en « volant » à grand bruit une croix à l’église d’Ottmarsheim. Passe. Mais ils ont fait mieux, en passant la frontière pour fouiner dans l’intouchable secret bancaire suisse, ce que nos voisins et néanmoins amis helvétiques ont évidemment assez modérément apprécié, tant et si bien que nos investigateurs ont été déclarés « persona(e) non grata(e) » sur le territoire de Guillaume Tell, héros de la liberté suisse, sans la moindre once d’humour. La subversion potacho-jarryesque (néologisme de moi, encore !) de nos journalistes avait quelque chose de salubre qui aurait mérité d’être accueilli avec plus de sympathie et d’indulgence. Même les Suisses, à gros coffres-forts cadenassés, sont capables de se dérider, et même d’autodérision, à l’occasion du carnaval de Bâle, justement célèbre ; alors ?

   29) Après ce tour d’horizon, divers et varié, conclusion sur Fuetsch, courte et indiscutable : le peintre, son œuvre, ses amis, méritent d’être servis, car « Chari », chari-varie, charivari ; peut-être même charbovari, car du bovarysme, inévitable, finit toujours par s’insinuer dans tout discours sur soi; pauvres de nous : que ce soit par la plume ou le pinceau, il n’y a pas d’autoanalyse heureuse ; certains sont même ressortis de leur chaudron intérieur en disant : « Il y a des choses qu’il vaudrait peut-être mieux ne pas savoir… »

   30) Illustrations.

  1. a) 13 clichés pris de l’autoportrait, « dans tous ses états » ;
  2. b) 3 clichés du paysage « La tour du Bollwerk », dont le troisième de dos ;
  3. c) 6 clichés du paysage « La maison de Sewen » dont deux de dos.

   31) Fait le 17-11-25 par fsz ; matériel protégé par le droit d’auteur (loi française du 11 mars 1957).

 

– Additif à l’autoportrait « Chari »

   32) Pour dérider un peu les gens alors qu’en ce « black friday » (fr : « vendredi noir » : noir, c’est dire…) ils sont harassés de leurs efforts pour dénicher chez le marchand des « affaires exceptionnelles », pour un Noël de rêve, inoubliable ! on jettera un coup d’œil à l’estampe ci-jointe, de 1948, sur vélin, de format 21X13cm, vendue ces dernières heures sur le site ebay ; dans le contexte de cet article, son intérêt est de proposer une représentation alternative vraiment très-très différente de celle prêtée par moi à Fuetsch de « l’introspection » dans la peinture ; elle est une œuvrette de Dali (1904-89), follement imaginatif et farceur (le cou girafisant, pour ne relever que lui !), on s’en souvient, et qui raille ici « le psychologisme », élucubration envahissante à l’époque, avec ses abus et ravages ; le grand Espagnol a créé cette image, un vrai dessin de presse humoristique, pour rendre hommage au sculpteur de la Renaissance florentine Benvenuto Cellini (1500-71), qui a déjà été raconté à l’opéra par le luxuriant Berlioz ; la différence de traitement du sujet par les deux artistes n’échappera à personne : chacun à sa place. Bon, pour clore, comme j’adore les rapprochements, même un peu casse-gueule, je pousse encore d’une case : Dali, homme cultivé, n’avance-t-il pas ici une allusion parodique à Rembrandt, et sa « Leçon d’anatomie du docteur Tulp » ? Faut voir… C’est vrai qu’il y a loin du ventre italien au bras hollandais. Peut-être au 36ème degré alors? Fait le 28-11-25.  

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  1. Francis Szulc

    Notre ami « Jacques II » (ainsi appelé dans notre nomenclature interne), en voyant l’autoportrait « Chari » s’écrie ce soir, non sans se référer à une certaine série-télé: « C’est un Shogun! » (variantes orthographiques: « schogoun, ou chogoun »). Un shogun est un personnage prestigieux du Japon médiéval, un général, un « protecteur de la nation », qui a sous ses ordres les fameux samouraïs, guerriers d’élite. fsz le 17-11-25 à 21h30.

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