e-XIV Le coin des amis
A l’archevêché de Strasbourg
« La secrétaire particulière »
Michèle CARDOSO Chevalier du Mérite
par fsz site polonais-et-potasse.com
1) Michèle Cardoso, nous avons déjà eu l’occasion de parler d’elle dans ces mémoires, à propos de Bella, et de la relique de jp2 (se servir de notre moteur de recherche). Mais nous l’accueillons de nouveau ici de grand cœur, elle a en effet très grandement sa place dans notre rubrique des « Amis des Polonais » !
Une «Alsaco-Polonaise »
2) En particulier, parce qu’elle a été pendant de longues années l’importantissime soutien d’Annabelle Wersinger, la présidente de l’association à vocation humanitaire « Amitié franco-polonaise » de F68270 Wittenheim (traitée dans notre rubrique XV), et dont j’ai eu l’honneur d’être le « vice-Bella », pardon, le « vice-président ».
5 évêques et 2 papes
3) En 2025, après avoir incomparablement servi pendant 50 ans, comme secrétaire particulière-directrice de cabinet, 5 archevêques successifs du diocèse de Strasbourg (Elchinger, Brand, Doré, Grallet, Ravel), et au début de l’administration épiscopale d’un 6ème, l’actuel, Mgr Pascal Delannoy, assisté par son auxiliaire Mgr Christian Kratz (dans cette fonction depuis maintenant 25 ans), sans omettre, avant lui, l’administrateur apostolique provisoire messin Mgr Philippe Ballot, Michèle a pris sa retraite, déjà distinguée par le pape Benoît XVI comme Dame de l’Ordre de St Grégoire le Grand, puis promue en 2019 au grade de Commandeur de ce même Ordre par le souverain pontife suivant François.
1 Président de la République
4) C’est alors, par lettre du mercredi 14-05-25, qu’Emmanuel Macron a annoncé à Michèle sa décision de la nommer Chevalier dans l’Ordre national du Mérite, et ce sur son contingent propre de décorations à la disposition du Président de la République.
1 députée ancienne ministre
5) Les insignes de cette nouvelle dignité ont officiellement été remis à la récipiendaire par Brigitte Klinkert, actuelle députée colmarienne du Haut-Rhin et ancienne ministre, et qui se déclare son amie proche, voire, anecdotiquement, une sorte de « sosie », lors d’une brillante cérémonie, le vendredi 21-11-25, au Münsterhof de Strasbourg. L’événement a en particulier été relaté dans « L’Ami hebdo » du dimanche 11-01-26, page 7, dans un article signé des initiales C.N., et que nous nous permettons de reproduire intégralement ci-dessous en illustration de notre propre présente relation.
6) Recrutée par le chanoine Lang, en son temps chancelier de l’archevêché, à la demande de Mgr Elchinger (celui des tonitruantes homélies du 14 juillet, où on en prenait pour son grade, mais qu’on n’aurait pour rien au monde voulu manquer ! que j’aimais ce Verbe haut, pressant et secouant ! comme il manque !) alors qu’elle devait devenir fonctionnaire du Conseil de l’Europe, Michèle est entrée au service de l’archevêché le 01-07-75, à 18 ans et demi (le jour de mes 20 ans à moi, tiens ! alors que je venais d’être reçu élève-professeur au concours des Ipes de l’Université de Strasbourg II)).
7) Rétrospectivement, la nouvelle secrétaire dit avoir eu pour constante préoccupation de servir l’Eglise « (…) en essayant de présenter d’elle (l’Eglise) un visage bienveillant. », et en agissant dans la double visée prioritaire de « la fraternité et de la charité ».
8) Dévouée à l’Eglise, Michèle atteste s’être sentie « engagée » du même coup pour le service de la République, comme dispensatrice de « la Paix, du Bien, et de la Concorde. »
« Diplomate » exceptionnellement douée !
9) Dans sa pratique professionnelle, ce qui a valu à Michèle l’admiration et la gratitude unanimes, entre tant d’autres qualités, c’est son don exceptionnel pour le contact humain, qui lui a carrément valu d’être surnommée par plus d’un « la fiancée des prêtres », lesquels en effet n’ont pas été peu nombreux à venir auprès d’elle « vider leur sac » et trouver du réconfort, « recharger leurs batteries », pour « rebondir », et mieux poursuivre leur sacerdoce. On l’aurait dite spécialement née pour redonner aux autres de la force.
10) Notre-Brigitte-68-marraine de la promotion (quel prénom à porter ! alors que la Bardot vient de nous quitter !), conseillère d’Alsace, mais aussi ancienne présidente du Conseil général du Haut-Rhin, rend compte du charisme de Michèle en termes résultant d’une perception très fine et très juste : « Tu ne t’es pas contentée d’être secrétaire particulière. Tu as été un repère, une boussole, un point d’équilibre. », ajoutant « (…) une présence qui rassure, qui stabilise, qui apaise. »
Le bon temps de Charles-Amarin…
11) Muni de l’expérience de mes propres contacts, périodiques, avec Michèle, je ne peux que confirmer, et avec joie, les éloges qui ont été prononcés d’elle à l’occasion de cette remise de décoration. Bravo-bravo-bravo, Michèle !
12) J’ai fait sa connaissance dans l’antichambre (un terme juste, pas du tout inconvenant, et d’ailleurs utilisé dans sa prise de parole par un autre locuteur, plus autorisé que moi) de Mgr Charles–Amarin Brand (1920-2013), qui a dirigé l’archidiocèse de 1984 à 97 (Il faut avoir lu son très beau livre de souvenirs d’archevêque émérite partagés avec Paul Winninger sous le titre « La paix du soir ».). Elle, souriante, nous mettait en condition en quelque sorte pour l’entretien particulier que nous avions sollicité avec l’archevêque, cet homme prudent, retenu, et néanmoins très engagé, avec grand tact, entière attention, et inusable patience. Nous savions que « nous mettre bien avec elle », « dans ses petits papiers », c’était déjà avoir à moitié partie gagnée avec monseigneur, auprès de qui elle avait une influence de tout premier ordre, il avait en elle une telle confiance que c’est était plus que beau à voir, magnifique, édifiant, comme un père peut se reposer sur une fille, unique ! Je le vois encore passer sa tête dans l’embrasure de la porte qui reliait les deux bureaux, le sien, et celui d sa directrice de cabinet : « Vous avez vu, Michèle ? Untel est mort. Bien sûr, vous envoyez le mot qu’il faut. » Et ce mot il n’avait pas besoin de le dicter. Michèle savait faire : avec souplesse, délicatesse, à propos, etc. Je sais même qu’un des évêques qu’elle a servis, particulièrement soucieux de lui faire sentir combien sa collaboration était considérée comme précieuse, lui mettait des bonbons, ou des chocolats, sur son bureau ; c’est elle-même qui me l’a dit. Cela n’a peut-être l’air de rien, mais moi, sachant qui était l’évêque en question, je trouve que ça en dit long, du degré très élevé auquel elle était appréciée.
Nous étions 2 « Polonais » privilégiés…
13) Nos entrevues avec Brand avaient généralement lieu de 11 à 12h. Comme sa collaboratrice, il était très à l’écoute de ce qu’on venait lui dire, et d’un discernement très exercé pour trouver ce qu’on allait pouvoir faire de mieux des propos qui lui étaient tenus, en termes d’actions concrètes. Au bout de quoi, Michèle nous privilégiait presque systématiquement en déjeunant avec nous dans un restaurant à quelques pas de l’archevêché, où nous nous rendions à pied. Un jour nous y avons même rencontré Catherine Trautmann, encore une autre maire de Strasbourg, encore une autre ministre… Ce qui se disait durant ces pauses-repas, vous pouvez bien vous l’imaginer : c’était le dialogue d’un « miracle vivant » avec une « sainte », alors… Quand je dis que Bella et moi étions deux privilégiés, c’est vraiment vrai, sans vantardise. Michèle n’a pas montré à des foules la chambre où jp2, le pape « polonais », a dormi lors de son voyage en Alsace en octobre 88, et la chapelle où il a prié, en « comité » très restreint. Et elle n’a pas fait goûter non plus à tout Strasbourg l’eau de noix (très réussie) que Charles-Amarin se donnait pour dérivatif et détente de concocter, à ses rares moments de relâche, selon une recette bien entendue secrète, et parvenue du fond des âges… Comme on l’a dit d’un autre breuvage, cette liqueur, c’était, je le garantis, de tout mon gosier, « le petit Jésus en culotte de velours » (sic).
La manche
14) Disons les choses telles qu’elles ont été, Bella, présidente d’ « Afp », et moi, allions, de temps en temps, ce qui s’appelle mendier chez l’archevêque des fonds pour les plus urgemment nécessiteux de Pologne, à l’heure où l’instauration de l’état de siège rendait encore plus difficile qu’à l’ordinaire en régime communiste la vie matérielle quotidienne, vu la rareté des biens de consommation disponibles. Mgr Brand s’est montré généreux, et constant dans sa générosité pendant des années et des années, d’une générosité raisonnée et raisonnable, grâce à quoi a notamment pu être soulagée la misère de certains orphelinats ; ont pu en outre être soignés des malades condamnés à brève échéance sans médicaments appropriés, et évidemment d’autant plus onéreux, et même rares sur le marché, même occidental ; grâce à quoi encore ont pu être soutenus financièrement jusqu’à la prêtrise de jeunes séminaristes complètement démunis, sauf en capacités personnelles, intellectuelles et morales, qui, autrement, auraient été perdus pour le service actif de l’Eglise, en métropole, ou dans l’importante diaspora polonaise dans le monde ; et j’en passe sur les multiples bons usages auxquels ont servi les deniers d’Alsace, dont le (+) cardinal Henryk Gulbinowicz (qui a pourtant si lamentablement fini, officiellement pour des questions de moeurs), archevêque de Wroclaw, capitale de la Basse-Silésie jumelée avec la Région Alsace, suivant l’impulsion donnée par le président Jacques Chirac, en particulier rendait toujours compte, et par écrit, de l’utilisation au centime près, en parfaite transparence ; on répondait à des besoins objectifs et hiérarchisés, selon le plus simple bon sens, on ne finançait pas du copinage, et on ne gaspillait rien de rien.
15) Ma présence, dans le cadre de ces « expéditions » strasbourgeoises, servait à attester que Bella n’était pas isolée, comme on le claironnait pour l’affaiblir, et à assurer nos interlocuteurs que nous étions des humanitaires sérieux, que nous ne faisons pas n’importe quoi, mais que notre action était au contraire réfléchie et s’inscrivait dans une cohérence d’ensemble et une continuité. J’ai cessé d’accompagner Bella à Strasbourg à l’avènement de Mgr Doré, en faisant valoir à ma présidente qu’on ne pouvait pas indéfiniment quémander pour quémander, d’évêque en évêque, mais que nos sollicitations devaient correspondre à des projets définis, suffisamment élaborés pour renouveler la motivation et la confiance des donateurs. J’ai dit « projet » : c’est un mot qui sonnait bureaucratique aux oreilles de Bella, et donc avec lequel elle n’était pas à l’aise. Ce que ladite présidente a fait ensuite de ma préconisation, je ne l’ai plus voulu le suivre dans le détail, puisque je réservais désormais ma caution, et mes contacts de visu avec Michèle se sont logiquement raréfiés, d’autant plus inévitablement qu’elle était assaillie par une masse de travail toujours plus lourde, et guettée par le surmenage…
« Archevêque », plus qu’à son tour…
16) Par le jeu de circonstances imprévues et imprévisibles, il est arrivé à Michèle d’avoir à faire face, au pied levé, à des situations multiples et variées. Elle a eu à prendre, et à assumer, avec intelligence et sang-froid, des décisions qui n’étaient pas strictement de son ressort, autrement dit « elle a été archevêque plus qu’à son tour », et tout simplement parce qu’ « il fallait bien faire tourner la boutique. » C’est pourquoi je me suis volontiers amusé à la taquiner, affectueusement bien sûr, j’allais dire fraternellement, en disant qu’elle était aux archevêques de Strasbourg sui generis ce que la fameuse sœur Pascalina (Lehnert) a été à Pie XII. Je me sens conforté dans cette assertion un peu audacieuse, si je me réfère au vicaire général Jean-Luc Liénard, qui, dans son éloge de la néoretraitée cite, « un prélat romain disant avec humour » à la partante : « A Strasbourg, la succession apostolique c’est vous ! »
Dans le sillon de Benoît XVI
17) Si l’on veut saisir et retenir en peu de mots l’identité profonde de Michèle, il me semble qu’on n’est pas loin du compte en avançant qu’elle a constamment suivi la droite voie explicitement indiquée en 1996 par le cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, au journaliste allemand Peter Seewald, qui l’interrogeait « sur le vrai sens de la vie » (sic) : « L’homme est sur la terre pour apprendre à aimer, apprendre à servir. » C’est ce qu’elle a fait, à fond, et ce qui me le confirme hautement ce sont des expressions qui reviennent le plus souvent dans sa correspondance (électronique) avec moi : « (…) de tout mon cœur », (…) du fond du cœur » ; tout a été fait par elle avec le cœur, encore et toujours, c’est bien simple. Par l’ange blond de la rue Brûlée ! Toujours si chic !
18) Pour illustrer, d’abord plusieurs photos :
- a) Dans notre sommaire : un portrait de Michèle, rayonnante, le 25-04-25, en marge de son « pot » de départ à la retraite.
- b) A la même occasion, Michèle avec l’actuel archevêque de Strasbourg, Mgr Pascal Delannoy.
- c) La retraitante avec Fabienne Keller, ancienne maire de Strasbourg, députée européenne et questeure au Parlement européen.
- d) Michèle avec la marraine de son ONM, l’ancienne ministre Brigitte Klinkert.
- e) The last but not the least (fr : « enfin et surtout », ou « la dernière mais pas la moindre » vue : pourquoi je suis à genoux à côté de Michèle amusée dans son bureau (photo prise par Bella), il y a environ 30 ans ? mais bien évidemment parce que j’avais déjà la préscience d’être en présence d’une « sainte », parbleu ! bien avant que notre Brigitte d’Alsace ne s’avise de prendre sur elle de populariser cette réjouissante éventualité …
19) Pour illustrer encore, la « Vidéo-Mérite-Michèle », de presque 44 minutes, réalisée dans la Maison paroissiale du Münsterhof (9, rue des Juifs à Strasbourg) par Jean-Pierre Bertrand. On y suivra la cérémonie, agrémentée d’ interventions de Roland Ries, ancien sénateur-maire de Strasbourg, du chanoine Michel Dehan, du chapitre de la cathédrale, de la députée haut-rhinoise Brigitte Klinkert, de Manuel Cardoso, l’époux de Michèle, et, les choses se goupillant parfois de manière à peine croyable, ancien chauffeur attitré du maire Ries, devenu un familier ; on y notera par ailleurs la présence de Mgr Delannoy, Mgr Kratz, et de Philippe Richert, notamment ancien ministre ,dit « alsacien ».
20) Pour illustrer enfin, des textes.
- f) Eloge de Michèle à l’occasion de son départ à la retraite, le 25-04-25, par le chanoine Jean-Luc Liénard, vicaire général de l’archevêché.
- g) Discours de la ministre Brigitte Klinkert, à l’occasion de la remise des insignes de l’ONM, le 21-11-25.
- h) Sur l’ONM, article de « l’Ami hebdo » du dimanche 11-01-26, page 7.
21) Fait le 25-01-26 par fsz ; matériel protégé par le droit d’auteur (loi française du 11 mars 1957).